Eoliennes dans les Vosges centrales : le collectif Vosges Horizon Durable demande un moratoire

Publié le Lundi 19 Avril 2021

Le Schéma de cohérence territoriale (Scot) des Vosges centrales est une structure administrative qui travaille sur l’aménagement des territoires de la communauté d’agglomération d’Epinal et de la communauté de communes Mirecourt-Dompaire.
Dans le cadre de l’enquête publique sur la deuxième révision de ce Scot, le collectif Vosges Horizon Durable a donné au commissaire enquêteur son avis sur les ambitions du Scot en matière de développement de parcs éoliens. Avis dont voici quelques éléments :

‘‘Le Scot des Vosges centrales évalue et planifie un développement de l’éolien de 110 à 300 MW en fonction de la neutralisation du radar d’Epinal, soit l’installation d’environ 46 à 125 éoliennes avec une production électrique estimée de 338 à 920 GWh par an.

- Saturation d’un territoire déjà particulièrement ‘‘mité’’. Le mât de mesure installé à Valfroicourt dévoile le projet très avancé du promoteur allemand Nordex/RWE avec 8 machines sur les communes de Valfroicourt, Rancourt et Remoncourt; le promoteur Neoen, déjà installé à Esley, démarre actuellement son chantier de construction de 18 éoliennes sur la zone Dompaire/Ville-sur-Illon; le promoteur H2Air développe le parc éolien des Lunaires avec 8 éoliennes autorisées à Gruey-lès-Surance et maintient son projet de 6 machines sur Hergugney et Avrainville; un projet de 9 éoliennes est en cours d’instruction à Igney le long de la RN 57; la commune de Damas-aux-Bois et l’ONF dénoncent le projet éolien en forêt des Ternes; Neoen vient d’installer un mât de mesure du vent à Escles et développe un projet d’installation de 8 machines sur les communes d’Escles et de Lerrain…
Partout les commerciaux sillonnent nos campagnes et démarchent les propriétaires de terrain. Le Scot des Vosges centrales encourage les élus et déroule un tapis rouge aux promoteurs éoliens. À l’heure des métiers non essentiels, la population découvre la sentence de leurs territoires jugés sans intérêt significatif.

- Un marché de dupe pour les communes rurales qui troquent  leur environnement pour des mesures compensatoires dérisoires. Le verbiage et les termes écologie, développement durable ou encore territoire à énergie positive couvrent une réalité plus terre à terre : il s’agit d’une véritable exploitation de nos richesses et de notre cadre de vie au profit d’une part de promoteurs peu scrupuleux et d’autre part de la communauté d’agglomération d’Epinal, de la communauté de communes Mirecourt-Dompaire et du département qui empocheront l’essentiel des subsides en laissant quelques miettes aux communes d’implantation. En résumé, des préoccupations bassement matérielles qui spolient nos campagnes.

- Une production électrique aléatoire et peu fiable. Le Scot annonce une production électrique de 338 à 920 GWh par an, or aucune donnée ne justifie cette évaluation dans ce dossier présenté à la consultation. En matière d’éolien, il ne faut pas confondre puissance installée et production réelle. La production électrique estimée est douteuse.

- Des collectivités et des particuliers incités à investir dans des projets risqués. Le développement des projets éoliens confiés à la société d’économie mixte Terre’Enr qui associe les collectivités locales à des opérateurs privés constitue un dangereux mélange des genres. Plutôt que de s’endetter inutilement dans le financement d’énergies renouvelables et de spéculer sur d’hypothétiques dividendes, il est urgent d’investir dans la rénovation énergétique des bâtiments, de lutter contre la précarité énergétique des plus défavorisés et de travailler à l’amélioration des conditions de vie de tous. Est-ce au contribuable de supporter le risque financier de ce genre d’investissement avec une rentabilité douteuse ? C’est ce que dénonce aujourd’hui le nouveau maire de Saâles qui découvre l’endettement de sa commune, la non rentabilité des retours sur investissements du parc éolien de Belfays (Déodatie) : aussi, cette commune a décidé de céder ses parts investies dans la société d’économie mixte Energies Belfays.
Les véritables missions d’une commune ne sont pas de spéculer avec l’argent de ses concitoyens mais plutôt de garantir un tarif accessible et maîtrisé dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, de développer les services à la population pour faire face aux départs des administrations, école, action sociale, de soutenir les acteurs économiques, de développer l’offre santé, etc.

- Désertification des campagnes. Le développement de l’éolien impacte lourdement le patrimoine naturel et culturel commun que sont les paysages ruraux et nos édifices historiques. Il dévalorise les biens privés, les habitations fruits de toute une vie de travail pour nos compatriotes. Enfin, il dégrade considérablement la qualité de vie des riverains jusqu’à altérer la santé de nombreux d’entre eux. Loin de valoriser et dynamiser les territoires, l’éolien conduit inexorablement à une aggravation de l’exode rural. Qui a véritablement envie de s’installer au pied d’une éolienne ?

En résumé, loin d’une opportunité, le volet éolien du Scot des Vosges centrales constitue un piège et conduit à terme à l’appauvrissement général de nos campagnes.

Aussi, Vosges Horizon Durable, attaché à la qualité de vie en milieu rural, à son environnement, à sa situation économique et paysagère, s’oppose à l’envahissement des parcs éoliens, fondé sur de fausses données environnementales à des fins purement idéologiques et mercantiles, et demande un moratoire sur l’éolien et au minimum :
- la suspension des subventions et des aides jugées excessives par la commission de régulation de l’énergie et le rachat du kilowatt éolien au prix du marché ;
- l’abandon du permis unique pour les éoliennes qui sous prétexte de simplification administrative vise à museler toute opposition aux projets éoliens;
- la révision du schéma régional éolien de la Lorraine (SRE) annulé par le Conseil d’Etat. Il s’agit d’établir un véritable schéma en concertation et en liaison directe avec les communes concernées;
- la révision du volet éolien du Scot des Vosges centrales;
- l’obligation de respecter une distance entre une éolienne et une habitation d’au minimum 1 500 m conformément aux préconisations de l’Académie de médecine et à l’application du principe de précaution ; l’interdiction d’implantation d’éoliennes en forêt afin de réduire les nuisances paysagères et sonores dans les espaces naturels et de limiter l’artificialisation des sols; la nécessité pour les maires d’informer et de consulter la population lors du développement de tout projet éolien dès la phase initiale; la réalisation des études d’impact par des experts indépendants avec un volet acceptation de la population et un volet infrasons.

(…) Le développement inconsidéré de l’éolien aggrave la fracture sociale et la précarité énergétique des Français. Dans un contexte d’abandon des populations rurales et de mécontentement général, il est grand temps de ne pas aggraver les conditions de vie des plus défavorisés. L’invasion de nos paysages par ces machines géantes au bénéfice de lobbies financiers ou politiques est un véritable non sens écologique, technique, économique et social.’’

 

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