Justice : le procès des décrocheurs du portrait de Macron aura lieu ce jeudi

Publié le Mercredi 21 Octobre 2020

Et parmi les 7 activistes assignés en justice pour ce motif, la Vosgienne Pauline Boyer qui comparaîtra ce jeudi matin, dès 9h, à la cour d'appel du tribunal de la Cité à Paris.

Les faits remontent au 21 février 2019, lorsqu'un petit groupe d'activistes d'Action Non-Violente COP21 s'est rendu dans la mairie du 5 ème arrondissement de Paris pour décrocher symboliquement le portrait présidentiel d'Emmanuel Macron. Une action qui a valu à une partie d'entre eux une garde à vue suivie d'un premier procès en septembre 2019. Tous encouraient une peine de 3 ans de prison et jusqu'à 75 000 euros d'amende. Si la vosgienne Pauline Boyer n'avait écopé que de 500 euros d'amende, elle a décidé de faire appel (comme tous les autres décrocheurs) et sera donc présente ce jeudi matin aux côtés de 6 autres activistes au Palais de Justice de Paris, pour la suite du procès.

À quelques jours de l'audience, la jeune femme s'est longuement exprimée sur les réseaux sociaux quant à la motivation de cet acte de désobéissance civile (ci-dessous l'intégralité de son témoignage) : 

En cour d'appel

Ça a commencé par une petite boule de stress dans mon ventre. C'est elle qui m'a tirée de mes rêves bien avant la sonnerie du réveil. Je dors toujours mal avant de partir en action. Le 21 février 2019, je me suis levée pour aller décrocher le portrait d'Emmanuel Macron dans la mairie du 5ème arrondissement de Paris, avec un petit groupe d'activistes d'Action Non-Violente COP21. Dans le doré de la salle des mariages, nous avons décroché le portrait au rictus figé et l'avons fourré dans une sacoche noire. L'image du Président de la République est descendue sans toucher le tapis rouge de l'escalier, allongée dans une pochette noire vacillant au bout d'une épaule, escortée d’activistes vêtu·es de chasuble jaunes. Derrière nous, un mur vide portant l'empreinte du cadre noir, symbole du néant de la politique climatique et sociale d'un élu décroché par des citoyen·nes.
S'ensuit ma première garde-à-vue. En septembre 2019, mon premier procès. Je suis condamnée - avec 7 autres activistes - pour vol en réunion de portraits présidentiels.

J'ai décidé de faire appel. Pas pour l'amende de 500 euros. Pas même pour le casier judiciaire, fil à la patte qui promettait d'entraver ma liberté de choix dans les prochaines années.
J'ai décidé de faire appel car nous écrivons une autre histoire que celle projetée par le gouvernement Macron.

Oui, je suis coupable de vouloir bousculer le système. Mais quand le train déraille, les passagers ne regardent pas tranquillement par la fenêtre défiler les champs brûlés par le soleil, une main sur les yeux de leurs enfants, le corps secoué par les ornières qui percutent les roues du wagon menaçant à tout moment de s'allonger. Un électrochoc. Cette action de désobéissance civile participe à la réanimation de la démocratie.

Un an et demi après l'action, le message est toujours le même. Je reste indignée par le double discours d'Emmanuel Macron, un homme élu qui faillit à sa mission tout en faisant croire qu'il l’accomplit. Les preuves se sont accumulées et le désignent comme Président de la République des Pollueurs, et non d'une population qui peut manger à la fin du mois et projeter un avenir pour ses enfants.

Les rapports du Haut Conseil pour le Climat pointent l'inadaptation des politiques publiques avec l'objectif de l'Accord de Paris. Le gouvernement est en train de trahir la confiance des 150 de la Convention Citoyenne pour le Climat. Les enchères pour la 5G ont été lancées, au mépris de leur travail. Le gouvernement vend notre espérance de vie au plus offrant.

La crise sociale s’est aggravée avec la crise sanitaire du Covid-19, montrant une énième fois que les plus pauvres se retrouvent impacté·es en première ligne de toutes les crises.

Les records de chaleur constamment battus, les incendies en Sibérie, aux États-Unis, en Australie, la fonte de l'arctique, les crues dans l'arrière pays niçois... le dérèglement du climat se rapproche et nous touche dans notre chair.

Nous subissons tous les jours les produits du même système générant le dérèglement du climat et les injustices : la violence, la misère et la haine. Il brise des vies et fabrique des terroristes.
Pourtant une autre voie est possible. Notre société a les moyens d’enclencher un changement de système et de donner à ses citoyen·nes les moyens de mener une vie décarbonée. Une autre voie existe où la non-violence enterre la violence et la paix éteint la guerre. La France a les moyens de suivre cette autre voie, et d’influencer la politique européenne.

Seul le courage politique manque. C'est pour ça que j'ai décidé de faire appel. Appel au courage des magistrats qui ont un rôle à jouer dans l’évolution de la société. Appel aux citoyen·nes de ne pas laisser le train dérailler sans hurler, pour que nos cris résonnent dans la cour et appellent à agir pour construire une société juste, respectueuse des droits humains.

Je serai donc ce jeudi 22 octobre au Palais de Justice de Paris [...] pour un procès dont nous ferons une nouvelle fois celui du gouvernement.

Source : Facebook

Crédit photo : Clément Tissot et Julien Helaine

Anaïs Gall

 

 

Laissez nous un commentaire

Aucun commentaire

Soyez le premier à laisser un commentaire