Mirecourt : le Collectif solidarité migrants s'adresse aux parlementaires vosgiens

Publié le Mardi 9 Octobre 2018

Très touchés par la récente expulsion d'une famille albanaise installée à Mirecourt, les membres du Collectif solidarité migrants ont décidé, cette semaine, d'envoyer une lettre ouverte aux députés et sénateurs vosgiens. Dans la ligne de mire, notamment la méthode et le coût de cette expulsion :

Monsieur le Député, Monsieur le Sénateur,
Vous n’êtes pas sans connaître le rapatriement musclé qu’a eu à subir la famille Horanlli implantée à Mirecourt depuis deux ans et demi. Ce couple d’Albanais, avait deux adolescents scolarisés à Mirecourt depuis leur arrivée en 2016. La jeune fille, Megi, venait d’entrer en seconde au lycée Jean Baptiste Vuillaume ; elle parlait le français couramment et obtenait des résultats remarquables dans cette discipline. Elle avait été élue, sans s’être présentée, déléguée de classe au collège Guy Dolmaire ; elle était également élue au conseil d’administration et participait de fait à plusieurs commissions. En juin dernier elle avait obtenu le brevet des collèges avec mention Bien. Son frère Edmond, en dehors de ses études tout à fait honorables, était un footballeur très apprécié de ses camarades de club et suscitait déjà la convoitise d’autres clubs tant il promettait… Quant aux parents, ils avaient fait des progrès considérables dans notre langue, participaient assidûment aux activités de plusieurs associations, montrant par-là, s’il était nécessaire, leur volonté d’intégration. Très appréciés de la population locale, ils ne souhaitaient qu’une chose : refaire leur vie dans notre pays loin des menaces dont ils étaient l’objet dans leur pays d’origine. 

La préfecture était informée, par le biais de nombreux témoignages de Mirecurtiens, de l’intégration de cette famille au sein de notre cité. Néanmoins, les Horanlli avaient épuisé tous les recours administratifs du parcours de combattant que représente une demande d’asile, bien qu’ils soient entrés en France de façon légale.


Le vendredi 7 septembre 2018, à 6h30 du matin, six véhicules de police sont arrivés au pied de l’immeuble où ils résidaient, dans un appartement prêté par la municipalité. On les a obligés à faire leurs valises en vingt minutes. Bien sûr, dans la panique, ils ont oublié des affaires personnelles indispensables. Leur téléphone portable a été confisqué, ce qui les a empêchés de prévenir qui que ce soit. La jeune Megi, qui protestait, a été jetée à terre et menottée. A 7h, ils étaient conduits à l’aéroport de Juvaincourt et placés dans un avion affrété spécialement pour eux. Les forces de police ont empêché les Mirecurtiens prévenus par les voisins de s’approcher d’eux et personne n’a pu même leur dire au revoir. Leur voyage jusqu’à Tirana a été accompagné par 6 policiers.


C’est « au nom du peuple français » que leur présence a été jugée indésirable. Ce traitement, digne de celui qu’on aurait pu appliquer à des terroristes, est inqualifiable, à la fois par la violence et la démesure des moyens utilisés mais aussi par son coût exorbitant, qui s’élèverait à 100 000 euros. Ce sont nos impôts qui financent de telles actions, c’est en notre nom qu’elles sont exécutées. Nous vous demandons donc, Monsieur Le Député, Monsieur le Sénateur, au nom du peuple français que nous sommes et dont vous tenez votre légitimité, de nous donner votre position personnelle sur ces événements.


La réponse de la Préfecture

De son côté, la Préfecture des Vosges a tenu à réagir concernant notamment ces fameux 100 000 euros :

Ce chiffre, produit par un collectif associatif, est totalement fantaisiste et ne correspond à
aucune réalité.
Le Préfet des Vosges tient par ailleurs à indiquer que les moyens déployés étaient proportionnés à la sécurisation et au bon déroulement d’une opération de cette nature. Sur la situation de cette famille, entrée en France en juillet 2016, le Préfet des Vosges rappelle qu’elle se maintenait de façon parfaitement illégale sur le territoire français, malgré les obligations de quitter le territoire français qui leur avaient été notifiées les 17 octobre 2017 et 28 avril 2018, confirmées par le Tribunal Administratif de Nancy.
Ces décisions d’éloignement leur avaient été notifiées à la suite des refus successifs opposés à leurs demandes d’asile par l’Office Français des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) et la Cour Nationale du Droit d’Asile qui avaient examiné de façon approfondie leur situation. Une aide au retour volontaire leur avait été proposée, qu’ils ont, à plusieurs reprises, fermement refusée.
Au constat, à la fois, de leur volonté de se maintenir coûte que coûte en France et du fait qu’ils ne remplissaient aucune condition leur permettant de se voir délivrer un titre de séjour, ils ont donc été éloignés du territoire français.

Anthony Sap

 

  

 

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